- Publié le Jeu 28 Mai 2026
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Accessible, nutritive et rentable, la patate douce à chair orange s’affirme comme une alternative crédible pour renforcer la sécurité alimentaire en Côte d’Ivoire. Introduite en 2011 par le Centre international de la patate douce basé au Pérou avec l’appui de l’ONG Helen Keller, cette culture a été progressivement adaptée aux sols ivoiriens : « Depuis 2012, plusieurs variétés ont été analysées, sélectionnées et adaptées au sol ivoirien », explique Dr Diby Konan, spécialiste des plantes à racines et tubercules au Centre National de Recherche Agronomique dont le premier responsable est Prof. Abdourahamane Sangaré. Des sélectionnements qui ont abouti à des variétés locales prometteuses, notamment Saramani (chair orange) et Weleman (chair jaune).
Atouts
agronomiques
Sur le plan
agronomique, ces variétés présentent des atouts majeurs pour les producteurs :
cycles courts, récolte possible dès trois mois, bonne résistance aux aléas
climatiques et rendements élevés, estimés entre 15 et 20 tonnes à l’hectare
pour certaines souches, et jusqu’à 20–30 tonnes pour d’autres. Dans un contexte
de changement climatique et d’insécurité alimentaire croissante, ces
performances en font une culture de choix pour diversifier les systèmes
vivriers.
Valeur
nutritive
La valeur
nutritive de la patate douce orange est un autre argument fort. Riche en bêta‑carotène
(provitamine A), en vitamine C, vitamine E, zinc et magnésium, elle contribue à
prévenir les carences en vitamine A, responsables de troubles de la vision et
de risques accrus chez les jeunes enfants et les femmes enceintes. « Cette
substance, une fois consommée, devient essentielle à la santé des enfants de 0
à 5 ans, des femmes enceintes et pour la santé des yeux », souligne le
responsable en charge des plantes, racines et tubercules du CNRA.
Transformations
et usages culinaires
La transformation
et la diversification des usages sont déjà à l’œuvre au CNRA. Dans les ateliers
et démonstrations culinaires, la patate douce se décline en foutou réalisé ici
en mélangeant deux tiers de patate douce à un tiers de manioc pour obtenir une
texture fondante, en farine pour biscuits et cakes, en jus vitaminé et en
autres produits dérivés. « Honnêtement, c’est bon, ça n’a rien à dire »,
témoigne une cuisinière locale qui a testé des cakes et biscuits faits à base
de farine 100% patate douce orange.
Débouchés et
valorisation industrielle
Les débouchés
dépassent la seule alimentation humaine. Les feuilles sont consommées en sauce,
les tiges servent à l’alimentation animale, et les tubercules, riches en
amidon, offrent un potentiel industriel pour la production d’alcool ou d’autres
dérivés. Des essais industriels menés au centre ont donné « de très bons
résultats », selon les techniciens, ouvrant la voie à une valorisation complète
de la filière.
Enjeux de
vulgarisation et appel au soutien
Pour autant, la
diffusion à grande échelle reste incertaine. Le directeur régional du CNRA,
Cyrille Kouassi N’gouan, appelle à un engagement public renforcé :
« financements conséquents et réguliers pour pérenniser la recherche,
facilitation de l’accès des producteurs aux variétés améliorées, appui à la
transformation et aide à la structuration de filières ». Le CNRA rappelle aussi
qu’il dispose d’une collection de 180 accessions et se tient prêt à accompagner
producteurs, groupements et investisseurs.
En combinant
atouts agronomiques, bénéfices nutritionnels et potentiel de transformation, la
patate douce à chair orange peut devenir un pilier de la sécurité alimentaire
ivoirienne. Reste à traduire l’essai en politique agricole et en
investissements concrets pour que la culture quitte les parcelles
expérimentales du CNRA et s’installe durablement dans les champs et sur les
marchés du pays.
TEHOUA DABONG