GESTION DES DECHETS AVICOLES : LA RECHERCHE IVOIRIENNE OUVRE LA VOIE A DES FERTILISANTS ECOLOGIQUES INNOVANTS 

Transformer des déchets potentiellement dangereux pour l'environnement en ressources agricoles à forte valeur ajoutée. C'est le pari réussi par deux doctorants de l'Université Félix Houphouët-Boigny de Bingerville, dont les travaux de recherche proposent des solutions innovantes pour la valorisation durable des déchets avicoles.

À travers la production de biofertilisants et d'engrais organiques sains, ces recherches pourraient contribuer à réduire la pollution environnementale tout en renforçant la productivité agricole.

 

Les impétrants Ainyakou Aïza Monique et Kipré Christ Romuald ont soutenu, le vendredi 5 juin 2026, leurs thèses de doctorat consacrées à la transformation des déchets issus des abattoirs de volailles et des élevages avicoles du district d'Abidjan. Leurs travaux s'inscrivent dans une démarche scientifique visant à répondre simultanément aux défis de la sécurité sanitaire, de la préservation de l'environnement et de l'agriculture durable.

 

Intitulée « Contribution à la valorisation des déchets issus des abattoirs de volailles du district d'Abidjan : sélection de souches de bactéries lactiques et de Bacillus à forte capacité de production de kératinases et de substances antimicrobiennes pour la production de fertilisants organiques de haute qualité agronomique », la thèse d'Ainyakou Aïza Monique propose une solution innovante pour le traitement des déchets de volailles.

La chercheuse souligne que les déchets issus des abattoirs, notamment les plumes, sont souvent déversés dans l'environnement sans traitement adéquat. Cette situation favorise la prolifération de bactéries pathogènes et de micro-organismes résistants aux antibiotiques, avec des conséquences potentielles sur les sols, les ressources en eau et la santé humaine.

Pour remédier à ce problème, elle a développé un procédé biologique utilisant des micro-organismes bénéfiques capables de dégrader efficacement la kératine contenue dans les plumes tout en éliminant les agents pathogènes. Les résultats obtenus démontrent la possibilité de convertir ces déchets en fertilisants organiques de qualité, utilisables en agriculture.

 

Le doctorant Kipré Christ Romuald s'est, quant à lui, intéressé à la valorisation du fumier de volaille à travers sa thèse intitulée « Sélection de souches d'actinomycètes potentiels starters pour la production d'un engrais organique performant et sain à partir de fumier de volaille ».

Les analyses réalisées sur les échantillons collectés dans le district d'Abidjan ont révélé que ce fumier est particulièrement riche en éléments nutritifs indispensables à la croissance des plantes, notamment l'azote, le phosphore et le potassium. Toutefois, elles ont également mis en évidence la présence de résidus d'antibiotiques et de bactéries pathogènes telles qu'Escherichia coli, Staphylococcus aureus et Salmonella spp.

Afin de sécuriser son utilisation agricole, le chercheur a isolé plusieurs souches d'actinobactéries aux propriétés enzymatiques remarquables. Ces micro-organismes se sont révélés capables de dégrader efficacement les matières organiques complexes et de réduire significativement la charge pathogène ainsi que les résidus médicamenteux.

Les essais agronomiques menés sur la laitue ont confirmé les performances de ces composts microbiens. Les plants traités ont enregistré une croissance supérieure, une biomasse plus importante et un meilleur développement foliaire que ceux ayant reçu des fertilisants conventionnels.

 

Au-delà de leurs spécificités, les deux recherches convergent vers une même ambition : faire des déchets avicoles une ressource stratégique pour le développement durable.

En démontrant qu'il est possible de transformer des déchets polluants en intrants agricoles performants grâce à des procédés biologiques innovants, ces travaux offrent des perspectives prometteuses pour la filière avicole et le secteur agricole ivoirien.

Ils pourraient notamment contribuer à réduire les risques sanitaires liés à la mauvaise gestion des déchets, tout en favorisant l'émergence de solutions locales adaptées aux besoins des producteurs.

Directrice des deux thèses, le professeur Goualié Bernadette a salué le sérieux et la persévérance des doctorants au terme de quatre années de recherche. Elle a également exprimé sa gratitude au Fonds pour la science, la technologie et l'innovation (FONSTI) pour son accompagnement dans la réalisation de ces travaux.

 

Président du jury et directeur de l'École doctorale Biologie, Environnement et Santé de l'Université Félix Houphouët-Boigny, le professeur Ahonzo-Niamké Sébastien a félicité les deux impétrants pour la qualité scientifique de leurs recherches et la pertinence des thématiques abordées.

Estimant que les résultats obtenus présentent un fort potentiel d'application, il a souhaité que ces travaux puissent déboucher sur des brevets afin de favoriser leur valorisation industrielle et leur diffusion à grande échelle au profit du monde agricole.

 

Plusieurs enseignants-chercheurs et experts, connectés depuis différents pays, ont également salué l'originalité de ces recherches ainsi que leur importante portée sociale, environnementale et économique.

 

BINGO WILLIAMS

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