- Publié le Ven 29 Mai 2026
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Le ministre des Eaux et Forêts, Jacques Assahoré Konan, a lancé le jeudi 28 mai à Mamakro dans la commune de Fresco, une campagne nationale de reboisement compensatoire, appelant l’ensemble des acteurs exploitant les ressources naturelles à contribuer obligatoirement à la reconstitution du couvert forestier ivoirien.
Sur le site d’Okromodou, où il s’est rendu dans le cadre d’une visite de terrain consacrée à l’évaluation des conventions de concession entre l’État et des partenaires privés, le ministre a officiellement donné le coup d’envoi d’une initiative inscrite dans la politique nationale de restauration du couvert forestier. La visite a également concerné le projet de restauration des agro-forêts de Monogaga, dans la sous-préfecture de San Pedro.
« Le temps où l’exploitation économique était dissociée de la responsabilité environnementale est révolu. Désormais, qui exploite doit contribuer à reconstituer », a déclaré M. Assahoré Konan devant des responsables locaux, des représentants d’entreprises partenaires et des populations riveraines. Il a précisé que les services du ministère veilleront au respect strict des obligations de reboisement liées aux autorisations d’exploitation.
Le ministre a appelé sans ambages les titulaires de permis d’exploitation forestière, les agro-industries, les exploitants miniers, les entreprises de travaux publics et tous les acteurs exerçant une pression sur les ressources naturelles à intégrer la reconstitution du couvert forestier dans leurs pratiques. « Il s’agit d’une obligation réglementaire inscrite dans les autorisations d’exploitation ; elle ne doit plus rester lettre morte », a-t-il insisté.
Selon le ministre, l’objectif de la campagne est triple : reconstituer durablement le patrimoine forestier ivoirien, restaurer les écosystèmes dégradés et construire une économie forestière plus responsable. Il a en outre appelé à une mobilisation collective : secteur privé, collectivités territoriales, communautés locales et partenaires techniques pour atteindre l’ambitieux objectif national de 20% de couverture forestière à l’horizon 2030.
Assahoré Konan a remercié les partenaires privés déjà engagés dans la restauration des agro-forêts et a salué le travail de ses équipes sur le terrain, tout en les exhortant à faire preuve de fermeté dans la lutte contre la déforestation, l’orpaillage illégal et les autres facteurs de dégradation.
La Côte d’Ivoire a perdu une grande partie de son couvert forestier au cours des dernières décennies en raison de l’agriculture extensive, de l’exploitation non durable des ressources, des pressions démographiques, des feux de brousse, de l’orpaillage illégal et de l’urbanisation. La superficie forestière nationale est passée de 16 millions d’hectares à moins de trois millions d’hectares, soit 9,2% du territoire en 2020.
Pour inverser cette tendance, le gouvernement a mis en place une politique de préservation, de réhabilitation et d’extension des forêts. Le nouveau code forestier et la stratégie nationale donnent une place centrale à la participation du secteur privé dans la réhabilitation des forêts classées et des agro-forêts, via notamment des conventions de concession et des partenariats public-privé.
À Mamakro, les populations locales ont accueilli l’initiative avec prudence. Plusieurs habitants ont salué l’engagement étatique tout en soulignant le besoin d’un accompagnement technique et financier pour assurer la pérennité des plantations : « Nous voulons des arbres qui tiennent et des emplois durables, pas seulement des gestes symboliques », a déclaré un chef de village.
Des représentants d’agro-industries présents à la cérémonie ont confirmé leur disponibilité à participer, mais réclament une clarification des modalités concrètes de contribution (quotas de replantation, zones prioritaires, mécanismes de suivi et de financement). Les ONG environnementales ont pour leur part appelé à des mécanismes transparents de contrôle et à l’intégration des communautés locales dans la gouvernance des projets.
Le ministère prévoit de décliner la campagne par des plans régionaux de reboisement, des partenariats avec le privé pour la restauration des agro-forêts, et la mise en place de systèmes de suivi et d’évaluation. Le respect des conventions de concession et des obligations environnementales fera l’objet d’inspections renforcées, a assuré le ministre.
Le lancement de cette campagne marque une étape politique forte dans la volonté de la Côte d’Ivoire de restaurer son patrimoine forestier. Le succès de l’initiative dépendra toutefois de la capacité de l’État à traduire les engagements en actions concrètes, à garantir la transparence des partenariats et à associer efficacement les communautés locales pour assurer la durabilité des plantations.
EDGARD ASSEMIEN