Le 6 août, date du lancement officiel de la campagne à Yaoundé, l’ONCC relevait des prix de 2 650 à 2 700 FCFA/kg chez les acheteurs de Douala. Trois semaines plus tard, ces niveaux avaient encore progressé, culminant entre 2 750 et 2 900 FCFA/kg. Autrement dit, le prix observé sur le marché camerounais dépasse de plus de deux fois le prix minimum garanti annoncé par Abidjan. Au-delà d’un simple effet d’affichage, cet écart raconte la transformation d’un secteur longtemps exposé aux seules fluctuations internationales.
Il y a peu, une telle comparaison aurait paru incongrue. La Côte d’Ivoire était la référence continentale : un système de commercialisation centralisé reposant sur un prix garanti assurait une visibilité et une protection aux planteurs. Le Cameroun, en revanche, naviguait dans un marché plus dérégulé, où les cours variaient au gré des intermédiaires et des cycles mondiaux. Aujourd’hui, Yaoundé revendique des choix publics et privés qui ont changé la donne.
Trois leviers publics expliquent, selon le ministre du Commerce Luc Magloire Mbarga Atangana, la performance actuelle : la surveillance du marché, la montée en qualité et la transformation locale. D’abord, l’ONCC et son Système d’information des filières offrent désormais un suivi quotidien des prix et de la production, améliorant la transparence et l’information des acteurs. Ensuite, la politique axée sur la qualité fermentation, séchage, traçabilité permet aux producteurs camerounais de mieux valoriser leur origine sur les segments premium du marché mondial. Enfin, le renforcement des capacités industrielles locales réduit la dépendance aux seules exportations de fèves brutes et crée des débouchés internes.
À ces facteurs s’ajoute un avantage géographique : la proximité du Nigeria. Pour Yaoundé, l’existence d’un vaste marché voisin, lui-même en croissance, constitue un bassin d’absorption important pour la production transformée ou semi-transformée camerounaise.
Le contraste avec la Côte d’Ivoire interpelle. Le 1er septembre 2026, le gouvernement ivoirien a annoncé un prix minimum garanti de 1 200 FCFA/kg pour le cacao bien fermenté et bien séché, invoquant la forte volatilité des cours internationaux et la nécessité d’un niveau budgétairement soutenable. Le paradoxe est net : le premier producteur mondial affiche un prix plancher mesuré, tandis qu’un marché national voisin négocie à des niveaux presque trois fois supérieurs.
Cette évolution reflète une mutation plus large de la compétition africaine sur le cacao. Pendant longtemps, la bataille se gagnait sur les volumes. Elle se déroule désormais sur la valeur : qualité, traçabilité, transformation et capacité des États et des opérateurs à négocier une rémunération plus favorable pour les producteurs. Le Cameroun, estiment ses autorités, dispose de marges de progression substantielles ; reste à transformer cette dynamique en gains durables pour les planteurs et en résilience pour la filière.
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