- Publié le Mer 28 Janvier 2026
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La filière manioc en Côte d’Ivoire franchit une étape décisive avec le lancement officiel de l’Organisation Interprofessionnelle Agricole de la filière Manioc (OIA Manioc). L’événement s’est tenu ce mardi à Abidjan-Marcory, à l’occasion d’une table ronde réunissant pouvoirs publics, partenaires techniques et financiers, institutions financières, acteurs du secteur privé ainsi que les principaux acteurs de la chaîne de valeur du manioc.
Présidée par Clément Tiegnon, sous-directeur des Chambres
consulaires et de la professionnalisation au ministère de l’Agriculture, du
Développement rural et des Productions vivrières, cette rencontre marque le
point de départ d’une nouvelle dynamique pour la filière. Selon le président du
Conseil d’administration de l’OIA Manioc, Yedoh Kévin Nomel, l’Interprofession
ambitionne, sur les trois prochaines années, de renforcer le positionnement
industriel et régional du manioc afin de contribuer efficacement à la sécurité
et à la souveraineté alimentaires du pays.
Dans cette perspective, l’OIA Manioc entend consolider sa
gouvernance, établir une cartographie précise de la filière et mettre en place
des mécanismes performants de collecte de données et de traçabilité. Elle
prévoit également de structurer des dispositifs de financement adaptés aux
différents maillons de la chaîne de valeur, tout en déployant des standards de
qualité harmonisés et des contrats d’approvisionnement sécurisés.
Pour le PCA, la création de l’OIA Manioc symbolise un
véritable changement de paradigme. « Il s’agit du passage d’une filière
fragmentée à une filière organisée et ambitieuse. L’OIA Manioc se positionne
comme un cadre de coordination entre tous les acteurs, un interlocuteur unique
pour l’État et les partenaires financiers, mais aussi une plateforme
stratégique de dialogue, de plaidoyer et de garantie institutionnelle », a-t-il
souligné.
Sur le plan économique et social, les retombées attendues
sont significatives. La filière manioc représente actuellement 12,4 % du PIB
agricole ivoirien et 2,8 % du PIB national. Elle génère une production annuelle
estimée à 8,4 millions de tonnes, couvre 31 régions du pays et mobilise environ
1,5 million d’acteurs regroupés au sein de 950 organisations. À cela s’ajoutent
54 produits dérivés, dont l’attiéké, le placali, le tapioca, l’amidon et la
farine. En matière d’employabilité, l’OIA Manioc annonce la création de 48 200
emplois et la mise à disposition de 2 milliards de boutures certifiées.
Les acteurs de la transformation et de la commercialisation
ont salué cette initiative. La présidente nationale des transformateurs de
manioc, Sieni Zodi, et la présidente de l’Association nationale des commerçants
de manioc de Côte d’Ivoire, Affoué Brou, estiment que l’Interprofession
contribuera à renforcer les capacités des acteurs, à améliorer leur rentabilité
financière, tout en réduisant les pertes post-récoltes et l’impact de la
volatilité des prix.
Cette table ronde a été organisée par l’OIA Manioc avec
l’appui de LadyAgri Impact Investment Hub, dans le cadre du programme SAFAF «
Sécurité Alimentaire de la Fourche à la Fourchette », cofinancé par l’Union
européenne, en partenariat avec l’Office de Commercialisation des Produits
Vivriers (OCPV) et en collaboration avec le ministère de l’Agriculture. Une
initiative qui confirme la place stratégique du manioc dans le développement
agricole et économique de la Côte d’Ivoire.
BINGO WILLIAMS